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January 8, 2005
Les artistes
québécois en France
Vivre en exil
Kathleen Lavoie, Le Soleil, Caen
Garou est également de ceux qui compensent la distance qui
les sépare de la maison par la présence de gens qui leur sont
proches.
Le Soleil, Patrice Laroche
Dans son appartement parisien, Isabelle Boulay a recréé la
décoration de sa demeure québécoise. En spectacle au Zénith
de Paris, Garou se fait mitonner du pâté chinois par le chef
une Européenne ! de son service de traiteur. En
exil en France, les artistes québécois prennent tous les moyens
pour contrer le mal du pays !
La première raison du succès des Québécois en France est le
temps que ces derniers consacrent à la promotion de leur
carrière sur le Vieux Continent. Mais ces longs mois passés
loin de la maison à accorder entrevue sur entrevue, à donner
spectacle après spectacle, finissent par laisser leurs traces.
La plus flagrante est certainement l'ennui.
Pour Isabelle Boulay, cela n'a jamais été aussi vrai que lors
de la tournée de spectacles qui l'a menée au Zénith de Caen,
le 12 novembre. Une tournée qui totalisera 60 spectacles au
Québec et 140 en Europe d'ici sa fin.
« Ce que je trouve de plus en plus difficile, c'est que mes
proches me manquent. C'est probablement parce que j'ai pris une
année sabbatique et que j'ai pu passer beaucoup de temps avec
eux. Je me sens éloignée de mon clan, de mes amis. Je fais des
efforts pour penser à autre chose, pour focuser sur autre
chose... » a-t-elle admis, dans sa loge, quelques minutes avant
d'aller rencontrer son public normand.
Actuellement en amour avec un Québécois, la chanteuse
considère de plus en plus l'éloignement comme un synonyme de
sacrifice, surtout qu'elle a largement fait état de son désir
d'avoir un enfant.
« J'en ai vraiment envie, a-t-elle avoué. C'est clair que, pour
moi, c'est comme un rendez-vous avec une autre partie de ma vie.
On est toujours obligé de faire des choix, d'exclure quelque
chose. Avoir un enfant, c'est un engagement tellement fort,
tellement grand ! Les choses arrivent à point nommé. Quand le
désir est là, il ne manque seulement que toutes les cartes
soient réunies », pense-t-elle.
Citant en exemple les chanteuses françaises Vanessa Paradis et
Jenifer, qui arrivent à conjuguer maternité et métier,
Isabelle Boulay se croit capable de poursuivre sa carrière
internationale tout en s'occupant de sa progéniture. Roch
Voisine doute pour sa part de cette possibilité. Lui-même
nouveau papa du petit Killian, l'auteur-compositeur voit
difficilement comment il pourra continuer de voyager lorsque son
fils sera en âge de faire son entrée à l'école.
« C'est complexe, estime-t-il. J'ai une vie privée, une
famille. C'est beau d'être comme ça, sur la route mais, à un
moment donné, le petit va aller à l'école ! »
s'esclaffe-t-il.
Ce qui, bien souvent, facilitera aux artistes québécois le
temps passé loin des leurs, c'est la qualité de l'entourage
qu'ils se donnent à l'étranger. Du nombre, Isabelle Boulay a
renouvelé toute son équipe il y a un peu plus de un an.
« J'ai la chance de travailler avec des gens que j'aime, avec
des musiciens exceptionnels, des techniciens qui me démontrent
leur affection. Ce qui rend tout ça agréable, c'est cette
affection que nous partageons », fait savoir celle qui écoute
presque exclusivement de la musique québécoise pendant ses
déplacements.
Compensation
Personnage sociable s'il en est un, Garou est également de ceux
qui compensent la distance qui les sépare de la maison par la
présence de gens qui leur sont proches. Ses vieux copains Hugo
Veilleux et Francis Delage occupent tous deux des emplois dans
l'équipe de tournée. C'est le premier qui est chargé de
protéger le chanteur de ses fans les plus hystériques... Preuve
que son travail n'est pas de tout repos, Garou s'est
littéralement fait arracher une chemise sur le dos pendant sa
dernière série de spectacles en France.
« Avec le temps, c'est devenu plus insupportable. Je n'ai jamais
fait le métier pour être une star, je n'ai jamais eu envie de
jouer à la star. Mais ici, ma vie est complètement différente.
Je vis à l'hôtel, puisque je n'ai plus d'appartement à Paris.
Cette année, j'ai été plus souvent à l'hôtel qu'à la
maison. C'est pour ça que je suis entouré d'autant de chums. Au
lieu de me compliquer la vie, j'essaie de me la rendre plus
simple (...) Le seul avantage, pour l'instant, c'est que je n'ai
pas de blonde ! » lance en boutade Garou avant de se rétracter.
« Si on en croit les tabloïds français, ma blonde est ici ce
soir ! Mon amour d'amie... », fait-il à l'intention de Nata-sha
St-Pier, venue lui dire bonjour dans sa loge du Zénith. La
veille, c'était au tour de Corneille de venir lui serrer la
pince en coulisses.
Férocité de la presse
S'il y a une différence entre la vie d'un chanteur au Québec et
en France, c'est bien celle-là. La férocité de la presse
people européenne oblige souvent les artistes québécois à
changer leurs habitudes de vie.
« Ici, confirme l'imprésario de Garou, Mario Lefebvre, on est
obligés d'avoir de la sécurité. Ça fait partie de la
réalité européenne. En Amérique, on a une vision plus
détachée de la célébrité... »
Bien qu'elle ne suscite pas la même folie que son compatriote,
Isabelle Boulay se doit elle aussi de modifier son comportement.
Celle qui affirme ne chercher « ni à se cacher ni à s'exposer
» a récemment vu, pour la première fois, une photographie de
son copain et elle être publiée dans les pages du tabloïd
Voici.
« Au Québec, je ne m'empêche de rien faire. Le jour où je
vais me mettre à me prendre pour Isabelle Boulay, ça va mal
aller ! La popularité ne m'emprisonne pas. À Paris, j'ai mes
adresses. Je fais mes courses au Marché des Ternes. Je vais
toujours aux mêmes endroits. C'est important d'avoir une vie
quotidienne et le public le sait. Les incidents sont très rares,
voire anecdotiques. Je prends des dispositions si j'ai des
courses à faire. Par exemple, j'ai toujours le même chauffeur
de taxi. Si je vais dans un magasin de disques, je vais
m'attacher les cheveux et je ne parlerai pas aux gens. Il y en a
beaucoup qui pensent que je suis plus grande, alors je m'en
sors... »
Un autre moyen de survie infaillible est d'installer certaines
routines dans un quotidien fait d'autobus, de trains, de
limousines, d'avions et de chambres d'hôtel. Isabelle Boulay
marque notamment son journal de bord de « bonhommes sourire »
ou de « bonhommes tristesse », en fonction de sa journée ou de
sa performance... Et quand la solitude pèse trop lourd, la
chanteuse prend les grands moyens pour soigner son blues.
« Quand j'ai fait l'Olympia, ma famille, mon amoureux, mes amis
étaient là. C'est important de partager ce genre de choses. »

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