La Presse, 3 avril 2004
3 avril 2004
Garou s'amuse
Manque de chance, l'invasion a
été retardée. Plutôt que de prendre son mal en patience,
Garou a décidé de revenir et de tout recommencer. Portrait d'un
chanteur qui ne tient pas en place longtemps.
Le regard est toujours aussi bleu et perçant et le chanteur
toujours aussi affable et plaisant. S'il fallait uniquement se
fier à la bonne mine de Garou, 31 ans, bientôt 32, on pourrait
conclure que les trois dernières années qu'il vient de
traverser ont été aussi tranquilles qu'une croisière sur le
Nil. Ce n'est pas tout à fait le cas. La route ne fut pas
longue, mais elle fut mouvementée. Un succès énorme et
affolant est tombé sur l'inconnu caché derrière la bosse de
Quasimodo. L'inconnu n'était pas habité par une ambition
dévorante, mais lorsque René Angélil lui a offert la gloire
universelle sur un plateau d'argent, il n'a pas pu résister de
peur de le regretter toute sa vie.
Le décor de son quotidien a
changé du tout au tout, se meublant subitement de fans en
délire, de paparazzis en cavale, d'argent qui tombe du ciel et
de tonnes de belles filles dont un certain mannequin suédois
qui, en plus de lui tomber dans les bras, est tombée enceinte.
Un amour, une union, un enfant, une séparation, le tout sur fond
de caisses enregistreuses émettant chaque jour le même son que
la valideuse de loto dans les dépanneurs. À la loterie du
succès, Garou a certainement gagné le gros lot. Mais il y a eu
des revers, le premier et non le moindre étant ce fameux disque
en anglais qui devait le propulser sur les palmarès américains
et en faire le Céline Dion masculin. Depuis plus d'un an, le
disque, victime du changement de personnel chez Sony USA, moisit
sur une tablette comme le rappel douloureux d'une rencontre
ratée. Aura-t-elle lieu un jour? Garou ne peut pas le jurer.
Certains jours, il serait prêt à y renoncer et à se contenter
de la francophonie. À d'autres moments, il cherche à se
convaincre que ce n'est que partie remise.
«Depuis Notre-Dame, affirme-t-il, ça n'a pas arrêté, jamais,
jamais, à un point tel que s'il avait fallu que ma carrière
américaine marche immédiatement, ça n'aurait pas eu de bon
sens. Mon parcours aurait été trop parfait. J'en aurais été
gêné.»
Assis dans la salle à manger vaste et vide de l'Auberge
Saint-Gabriel dans le Vieux-Montréal, Garou n'a pas choisi ce
lieu pour rien. Depuis la vente en février du Lychee, Garou est
devenu actionnaire du Saint-Gabriel avec le proprio, Marc Bollay.
Pendant que la mère de sa fille vit dans un appartement à
Montréal, Garou, lui, crèche au Saint-Gabriel.
Dans chaque chanteur riche sommeille un aubergiste. Ainsi en
est-il pour Garou qui aime bien avoir un hôtel ou un resto à
portée de main où il peut recevoir comme chez lui. C'est
valable à Montréal comme à Paris. Au plus fort de son amitié
avec Johnny Hallyday, les deux se promettaient d'ailleurs
d'ouvrir un resto ensemble. À l'époque, Garou avait été
invité à chanter Ma gueule au Stade de France le soir du
60e anniversaire de Johnny. Il avait pris le premier avion pour
Los Angeles pour répéter avec ses musiciens. La veille du grand
soir qui serait enregistré pour la postérité, Garou s'est
avancé sur scène avec sa voix puissante, son sourire d'enfer et
ses 31 ans. Devant ce type trop beau, trop jeune et trop doué,
Johnny a encaissé le coup en souriant comme un gentleman.
N'empêche. Le lendemain, jour de l'anniversaire du sexagénaire,
on faisait poliment savoir à Garou qu'il n'était plus le
bienvenu au Stade de France et qu'il ferait mieux de faire voir
«sa gueule» ailleurs.
Fin diplomate, Garou a choisi de ne pas ébruiter l'affaire. Mais
de toute évidence, le fait que la rumeur coure ne le dérange
pas. Idem pour la rumeur le liant à Natasha St-Pier, la Fleur de
Lys qu'il a connue dans la version londonienne de Notre-Dame
de Paris. Natasha est une amie et une petite soeur, rien de
plus, déclare-t-il. Pourtant, des gens hyper-branchés dans le
milieu parisien prétendent encore le contraire. Même Guy
Cloutier a reconnu publiquement la liaison à la radio il y a
quelques mois. Pour toute réponse, Garou se contente d'un
sourire silencieux et énigmatique...
Dernière rumeur: sa carrière marcherait moins bien comme en
témoignent les ventes plus modestes (800 000) de Reviens,
son plus récent CD.
À ce sujet, Garou cesse subitement de parler au je et montre du
doigt une industrie en pleine déconfiture dont l'avenir le rend
pessimiste.
«J'avoue que j'ai fait mon deuil du disque. Je crois qu'il est
condamné à disparaître à plus ou moins brève échéance. Et
pour être franc, je m'en fous un peu vu que pour moi, ce qui
compte, ce qui a toujours compté, c'est la scène et les
spectacles. C'est là que tout se passe. Pour le reste, je
préfère vendre moins de disques, mais savoir que les acheteurs
les écoutent tout le temps que de vendre des millions de disques
que les gens n'écoutent qu'une fois.»
En attendant que le disque rond du soleil revienne ou se couche
à jamais, Garou a décidé de s'amuser. Tout dernièrement son
copain Thierry L'Hermitte lui a offert une visite guidée sur le
plateau du film de Josiane Balasko. Même s'il a refusé des
rôles dans Nouvelle-France et dans Monica la mitraille,
Garou en a conclu qu'il était enfin mûr pour le cinéma. Mais
avant, il se paiera la traite avec une tournée de spectacles qui
débute le 7 avril à La Baie, passe par le Centre Bell de
Montréal (le 16 et 17 avril) et se termine le 22 décembre au
Zénith à Paris. Denis Bouchard a été conscrit pour la mise en
scène.
Un duo de vidéo scratchers a été engagé pour animer
les bébelles de Garou: une régie-vidéo live avec
caméras, écrans géants et tout le bataclan. Pour la
mini-tournée québécoise de huit villes, financée par le
marché européen, trois gros camions trimballeront l'arsenal de
guerre. Pour la tournée en Europe qui le conduira aussi bien en
Pologne qu'en Russie et en Tchécoslovaquie, il faudra ajouter
aux trois camions, trois autobus. Un pour la star; le deuxième
pour les musiciens; le troisième pour les technos. Autant de
preuves que même séparé, sans adresse fixe, sans ambition
dévorante et sans carrière américaine, Garou n'est pas à
plaindre. Vraiment pas.
Auteur: Nathalie
Petrowski
