12 avril 2003 - Le Droit
12 avril 2004
Il était
une fois Pierre Garand et Garou...
C'est l'histoire
de Pierre Garand, chanteur de blues à la voix rauque. Découvert
par Luc Plamondon, dans un bar de Sherbrooke, il devient Garou,
incarne Quasimodo dans «Notre-Dame de Paris», est adopté par
le clan Dion-Angélil et est propulsé, «Seul», au sommet de la
gloire.
Garou a beau être
maquillé pour les séances de photo prévues entre ses trois
entrevues de la journée, Pierre Garand n'est jamais vraiment
loin quand l'homme vous regarde de ses vifs yeux bleus. Entre les
deux facette de sa personnalité existent «une schizophrénie
intéressante», une «complémentarité» essentielle.
«Autant une partie de moi a besoin de la nature, autant l'autre
a besoin de la ville, soutient Garou, qui aime à la fois le
calme de la campagne et la vie trépidente du jet-set'. Je
suis comme une batterie, avec un pôle positif et un pôle
négatif. Ce sont ces deux forces qui me donnent mon énergie.»
Attablé dans la grande salle à manger de l'Auberge
Saint-Gabriel, dans le Vieux-Montréal, fermée pour les besoins
de la cause - privilège d'actionnaire! - Garou sourit de toutes
ses dents. La bête de scène en lui trépigne d'impatience à
l'idée d'entreprendre sa tournée québécoise, comptant un
arrêt à Gatineau, le 15 avril, avant de partir sillonner
l'Europe jusqu'au 22 décembre.
En cette journée de promotion, Garou a donc pris la relève. La
veille, Pierre était à la cabane à sucre, avec sa fille Emelie
et ses parents. «Dans des moments comme ceux-là, il n'y a tout
simplement pas de place pour Garou», confie le papa, dont le
regard pétille dès qu'il parle de sa fillette de deux ans et
demi.
S'il reconnaît avoir déjà prévu des lieux de «précieux
rendez-vous secrets» avec Emelie au cours de sa tournée
européenne, que «les amis de Pierre se font de plus en plus
rares», que «ceux qui sont restés sont ceux qui se mêlent
bien aux amis de Garou», le chanteur de 31 ans admet du même
souffle que «ma vie personnelle écope parce que je me donne
tellement dans mon métier». Loin de lui l'idée de se plaindre,
même s'il entretient une relation douce-amère avec la
célébrité. «Il faut que je me complique la vie pour me la
rendre la plus normale possible. Ça m'oblige parfois à être
très créatif!» lance-t-il, moqueur.
Cela explique en partie pourquoi Garou se sent si bien quand il
rentre chez lui, au Québec, et pourquoi c'est à Montréal,
auprès de son ex-conjointe, que sa fille grandira, «loin du
cirque» du vedettariat.
«En Europe, une personne va te demander ton autographe, qu'elle
aime ou non ce que tu fais, juste parce qu'elle t'a reconnu,
explique celui qui, en trois ans à peine, a été promu au rang
de super vedette là-bas. Ici, les gens ne veulent pas
t'importuner. Ils respectent ton intimité. Je le sens, dans leur
façon de m'adresser un salut du bout des doigts ou d'un
hochement de tête, quand ils me croisent. Et je l'apprécie.»
S'il se passerait bien des paparazzi et des «fans» en délire,
Garou admet pourtant qu'aujourd'hui, à l'instar de ses chansons,
il est lui aussi teinté de l'influence européenne subie au
cours de ses nombreux séjours outre-Atlantique. L'exemple des
titres de son dernier album, «Reviens», qui tournent en ce
moment des deux côtés de l'océan est éloquent à cet égard:
au Québec, la ballade «L'Aveu» a vite trouvé sa place dans
les palmarès; en Pologne et en France, ce sont des pièces plus
engagées, «Hemingway» et «Et si on dormait» («Mes
préférées», avoue l'artiste), qui ont grimpé jusqu'au
sommet.
«En musique, on est vite cantonné dans un style, dans la tête
des gens, déplore Garou. Sur Seul', il y avait plus de
ballades. C'est ce que les gens ont entendu à la radio et retenu
de moi. Mais je ne veux pas être barré' dans un créneau.
J'aime trop sauter d'une émotion à l'autre. J'ai envie de
chanter bien plus que des chansons d'amour! Sans tomber dans la
protest song', j'ai quand même le goût de questionner les
gens, de les éveiller à ce qui se passe autour de nous.»
C'est là que réside l'essence de son nouveau spectacle. «Le
public va sortir du show' en se posant des questions
existentielles, sur l'amour, le monde, la vie. Les gens vont
découvrir une nouvelle facette du chanteur qu'ils croient
connaître», espère Garou, dont le bleu du regard vient de
s'ensoleiller d'un coup.
Entouré de sept musiciens et deux choristes, sur une scène en
demi-cercle comptant quatre écrans amovibles, Garou se promet
«tout un show', qui me ressemble vraiment». Le même
qu'il reprendra par la suite dans les pays de l'Est, au Liban,
sur l'Île de la Réunion et en France, et qui lui permettra de
renflouer ses coffres. «Ça me coûte beaucoup d'argent, cette
tournée au Québec, mais j'y tenais. Et comme j'ai la chance de
pouvoir aller tourner en Europe après
j'ai décidé de me
faire plaisir!» s'exclame-t-il dans un grand rire.
Garou sera en spectacle à l'aréna Robert-Guertin, jeudi
prochain, à 20 h. Andrée Watters assurera la première partie
du spectacle. Pour billets et informations: (819) 773-7360.
Auteur: Valérie
Lessard (Le Droit, Ottawa)
