16 juillet 2004
Rencontre -
Garou au Festival de Beiteddine ce soir et demain
Irrésistible, tout simplement...

«Irrésistible», proclame la pub
annonçant ses concerts (ce soir et demain) à Beiteddine.
Irrésistible, lhomme à la voix rocailleuse et au nom de
loup? Ce ne serait quand même pas un peu exagéré? Eh bien,
après vérification, absolument pas. Charmant, séduisant,
totalement lui-même, sans masque ni poses, ce chanteur, pardon
cette star, dégage spontanément une sorte daura. Pas de
roulement de mécanique, ni dillades ou de sourires
entendus, juste un regard bleu limpide qui fait chavirer les
femmes de 7 à 77 ans. Dans le salon de lhôtel
«Albergo», où «LOrient-Le Jour» la rencontré à
peine débarqué davion, quelques admiratrices étaient
déjà là, des étoiles dans les yeux et un seul mot à la
bouche: «Il est craquant.»
«Vous êtes très mignon, M. Garou», lui lance une rousse
incendiaire, a qui il répond instantanément par un chaleureux
bisou ! Une autre voix fuse: «Vous êtes beau M Garou.» Même
réponse. Bon, à ce train-là, tout le monde voudra sa bise...
Il est quand même temps de passer à linterview. Dautant
que le chanteur doit se rendre dans une demi-heure chez Virgin,
où lattend une longue séance de dédicace.
De Garou, tout le monde sait quil a été lancé en
endossant la bosse de Quasimodo dans la comédie musicale
Notre-Dame de Paris. Une interprétation magistrale qui révèle,
en 1998, ce jeune musicien québécois de 26 ans, qui se
produisait, jusque-là, avec son groupe, The Intouchables, dans
des bars à travers le Canada. Depuis Belle, la chanson qui lui a
valu le World Music Award en 1999, Garou (de son vrai nom Pierre
Garand) est devenu une star et bien que son rôle initial ait
marqué durablement les esprits, il est déjà loin du bossu de
Notre-Dame. Car après avoir été découvert par Luc Plamondon,
sa route va croiser celle de René Angelil, en 1999, le manager
et époux de Céline Dion. Une rencontre qui va produire
notamment Sous le vent, un duo avec Dion, qui décrochera, en
2002, entre autres, le NRJ Music Award et une Victoire de la
musique. Auparavant, son album Seul pour lequel il sétait
rattaché la collaboration de Jacques Veneruso et de Jean-Jacques
Goldman lui avait également valu le Worlds
Best-Selling Canadian Male Artist. Bref, couronné de prix et de
succès le gouvernement français lui a remis en 2002 la
médaille de chevalier de lOrdre des arts et des lettres
, que peut encore souhaiter Garou? Cest justement
pour en savoir plus sur lui, pour mieux le connaître, quon
a eu envie de lui poser une partie du questionnaire de
Proust.
Comblé et vulnérable
Né en 1972 à Sherbrooke, au Canada, Pierre Garand est un enfant
modèle. Ses parents ont cultivé son goût précoce pour la
musique en lui donnant une formation de pianiste et de
guitariste. Tout jeune, il voulait être archéologue. Puis il sest
intéressé à la parapsychologie. «Les phénomènes
paranormaux, inexpliqués, continuent à mintéresser. Lénergie
qui se dégage du public, losmose que jai avec lui
sont dailleurs de cet ordre-là», signale-t-il. Et puis un
jour, à 13 ans, il fonde, avec des copains de lycée, son
premier groupe rock, les Windows and Doors, et entame sa période
«nocturne». Doù le surnom quil se choisit, car
«comme le loup garou, je sortais beaucoup la nuit...»
Aujourdhui, nettement assagi, amoureux rangé et papa
«très vulnérable» dune toute petite fille, il avoue que
son plus grand malheur serait «quil lui arrive quelque
chose. Personnellement, jai le goût du danger, je ne
crains pas ce qui peut marriver. Jai confiance dans
la vie». La vie, sa vie, jusque-là le rend «tellement
heureux», quil ne léchangerait contre aucune autre,
«même si parfois je souhaiterais pouvoir passer des moments
incognitos».
Honnêteté, mystère et loyauté
«Lhonnêteté» est la principale qualité de Garou. «Le
mensonge», ce qui lénerve le plus. «Lindiscipline»,
son principal défaut et juste après «il y a ma très mauvaise
mémoire». «Le mystère», la qualité quil préfère
chez les femmes. « La loyauté » est ce quil apprécie le
plus chez ses amis, qui sont dailleurs les mêmes
ses musiciens entre autres depuis ses débuts. La faute
qui lui inspire le plus dindulgence est lignorance.
«Parce que, dit-il de cette voix si particulière, aux
inflexions soudain plus graves, plus on sait dans la vie, plus on
se rend compte quon ne sait pas grand-chose. Et puis jaime
bien la naïveté chez lhomme. Je recherche dailleurs
ce côté enfantin, qui sémerveille de tout». Sa devise
tient en un seul mot: «Sourire. Parce que, dit-il en
anglais dans le texte when you smile the whole world
smiles with you.»
Positif et sincère, on comprend du coup que le bleu soit sa
couleur. Son héros de fiction reste «Albator» (ndlr personnage
de dessin animé, pirate de lespace), celui qui le faisait
fantasmer dans sa jeunesse, «pour sa recherche constante et
parce quil est entouré de belles femmes». Un fantasme,
sans doute réalisé aujourdhui, vu limpact quil
produit sur la gent féminine. Rien quà son arrivée à laéroport,
il a failli provoquer un évanouissement collectif!
Hommage à Ray Charles
Des héroïnes de fiction, Garou nen a pas vraiment. Ses
héroïnes, elles, sont bien réelles et... toutes musiciennes.
«Il y a Dido, avec qui jaimerais chanter, Avril Lavigne et
Céline Dion, dont je nétais pas particulièrement fan
avant de la connaître et qui mimpressionne de plus en
plus.» Reste que Ray Charles est son idole absolue. «Pour moi,
il incarne aussi la grandeur dâme.» Pour lui rendre
hommage, il va dailleurs inclure à ses concerts de
Beiteddine une reprise de Georgia on my Mind, du jazzman
aveugle.
Passionné de cinéma, de nature, de kayak et daviation,
«dès que jaurais loccasion darrêter six
mois, jen profiterai pour passer mon brevet daviation»,
Garou est un homme gourmand de la vie, curieux des gens. Son
occupation préférée? «La restauration. Jai des
restaurants à Montréal et jadore rencontrer des chefs,
discuter avec eux de plats, de sauces, de cuisine. Discuter
seulement? Jaime beaucoup aussi manger. Jadore la
nourriture thaïlandaise. Et je suis amateur de scotch.»
Il aimerait vivre «partout. Jaime découvrir. Il y a trois
jours, jétais en Espagne pour la première fois, je
pensais que Barcelone était lendroit où javais
envie de vivre et depuis que je suis là, jai limpression
de découvrir un endroit très très beau, auquel je ne my
attendais pas: la mer, le ciel bleu, la chaleur des gens».
Son rêve de bonheur: «Cest que les valeurs se replacent,
que les gens communiquent mieux, quil y ait des rapports
plus simples, plus sains entre eux, que les barrières et les
masques tombent...» Dailleurs il le répète encore, sil
fait ce métier, ce nest pas tant pour la musique que pour
le courant qui passe avec les gens.
Foi de journaliste qui, en quelques années en a vu dautres,
la pub avait raison: Garou est tout simplement irrésistible!
Zéna ZALZAL
