21 decembre 2003

21 decembre 2003

Trois ans après Seul, le chanteur québécois sort un deuxième album.

Photo Olivier Vogelsang

Garou revient à pas de loup

De tous les Québécois ayant réussi à mener une carrière en France, Garou est l’un de ceux au capital de sympathie le plus intense. Depuis son premier album solo et la tournée qui a suivi, il fait même partie des valeurs sûres dans un domaine oû l’éphémère dicte trop souvent sa loi. Et son humilité, jamais feinte, paraît même être l’une de ses cartes maîtresses. Le revoici avec un second album, Reviens, réalisé en grande partie par Gérald de Palmas. De sa voix rugissante, il nous raconte l’après-Notre-Dame de Paris.

C’est curieux d’appeler votre disque Reviens. Vous n’aviez pas disparu du paysage!

Non, mais j’avais l’impression de tourner en rond. Mon premier disque, Seul, est sorti il y a trois ans. Cela m’a paru assez loin pour me faire paniquer. J’ai donc accéléré les choses avec cet album francais. Au départ, je devais sortir un disque en anglais, qui paraîtra finalement au printemps 2004. Pour Reviens, je n’avais d’abord que le premier morceau, Passe ta route. Il forme un peu l’amalgame de tous les autres titres, qui sont venus après.

De nombreuses signatures différentes se croisent sur ce disque. Comment s’est formé votre réseau?

Je ne sais pas si on peut parler de réseau. Les choses se font petit à petit, presque naturellement, avec des gens qui ont la même affinité musicale que moi. Goldman, je le connais depuis 1999, et Gildas Arzel a rejoint mon équipe par l’intermédiaire de Céline Dion. Quant à Gérald de Palmas, nous nous étions croisés au début de l’existence de Belle. A l’occasion d’une émission, j’ai frappé à la porte de sa loge pour lui demander de travailler avec moi.

Et comment s’est opéré le choix?

J’ai d’abord dû négocier avec Sony pour le nombre de morceaux. Les producteurs n’en voulaient que douze, j’ai pu monter à seize. J’avais recu une bonne centaine de chansons à la base! J’en ai sélectionné trente, puis en ai enregistré vingt-deux. Parmi celles-ci, j’en ai retenu deux de Goldman, qui m’en a écrit cinq. Avec mon équipe, nous procédons toujours ainsi et ne faisons de promesses à personne.

Notre-Dame de Paris vous a lancé, mais on a l’impression que cette comédie musicale ne vous a pas trop collé à la peau. Comment l’expliquez-vous?

Je ne suis pas d’accord avec vous. Mon rôle dans Notre-Dame m’a bel et bien collé à la peau. Tout le monde me conseillait alors de sortir un album simultanément pour profiter de ce succès. Mais je n’ai écouté personne et ai attendu trois ans pour enregistrer mon premier album solo. Je crois que j’ai eu raison.

Comment êtes-vous percu au Québec?

Comme on dit, nul n’est prophète en son pays. Suite au succès de Notre-Dame, Daniel Lavoine et Bruno Pelletier sont devenus de grandes vedettes au Québec. Ce dernier y est même le numéro un. Moi, par rapport à la colonie artistique, qui m’accepte très bien là-bas, je suis encore en quelque sorte un chanteur à l’aube d’une carrière. Les Québécois m’en veulent un peu car ils ont l’impression que je voyage trop.

Comme tant d’autres, vous avez participé à Star Academy. Vous avez même enregistré une chanson avec deux concurrentes de l’émission canadienne. Peut-on dire que vous cautionnez ce système?

Le système n’ôte rien au talent des «académiciens». Ce qui m’impressionne, c’est que le public soit si accro. Et j’ai peur que certains profitent trop du pouvoir de la télévision. Mais je le rèpète, cela n’enlève rien aux capacités de bon nombre de candidats, même si le formatage n’a rien de bon.

Vous êtes interprète, mais ne composez ou n’écrivez jamais. Pourquoi?

Je suis moins doué pour ca. Sur les cent chansons dont je vous parlais avant, j’en ai écrit quelques-unes. Mais elles n’étaient franchement pas bonnes.

Dans le livret de Reviens, on ne voit que des photos de micros et de studios d’enregistrement. A quoi cela correspond-il?

C’est comme si j’invitais l’auditeur dans notre véritable atmosphère de travail. Vu comme ca, le décor a l’air d’une usine. Mais pas tout à fait une usine à stars.

PASCAL GAVILLET