Alsace Le Pays - 24 novembre 2003

Alsace Le Pays - 24-11-03

Garou tel qu'en lui-même

Après l'énorme succès de "Seul", le chanteur québécois publie "Reviens", qu'il décrit comme l'album de ses rêves.

Garou est angoissé : va-t-on encore l'aimer ? « J'espère que les gens vont se souvenir de moi », lâche-t-il spontanément. On pourrait croire à de la fausse modestie, après avoir vendu plus de deux millions d'exemplaires de son premier album (Seul), en seulement trois ans. Mais le chanteur québécois a d'autant plus à perdre. Lancé par Notre-Dame de Paris, il avait su tirer profit de l'énorme succès populaire de la comédie musicale. Pour surfer sur cette vague et limiter les risques, Seul était un disque de transition, encore un peu Quasimodo, pas tout à fait Garou.

 Pour le premier album, explique le chanteur, les créateurs s'étaient servi, comme référence, de l'album de Notre-Dame, le seul où figurait ma voix. Je n'avais pas de densité artistique. Tandis que pour cette fois, ils avaient l'album Seul, et ils sont tous venus à mes concerts », sur l'une des cinq tournées qu'il a réalisées depuis 2000 (« il y a eu la tournée de l'Olympia, la tournée du Zénith, la tournée de Bercy… »).

“ Je ne suis qu'un vulgaire interprète”

Garou écrit un peu lui-même : il nous avait confié, il y a trois ans, garder quelques chansons dans ses tiroirs. Ce disque n'était-il pas l'occasion de les dévoiler au public ? « Sur la centaine de chansons que j'ai reçues, je m'en étais envoyé deux ! lance-t-il en riant. Je les ai jetées. On n'écrit pas forcément des chansons qui nous ressemblent, tandis que, parmi toutes les chansons que l'on m'envoie, je peux choisir celles qui me correspondent le mieux. Je pense que je serais plus excité d'écrire pour d'autres. Mais on ne me l'a jamais demandé, puisque je ne suis qu'un vulgaire interprète (rires) ! Je l'assume totalement, j'aime ce partage avec les auteurs ».

Derrière les seize titres de Reviens, on repère notamment Jacques Veneruso, Erick Benzi, Gildas Arzel, Jean-Jacques Goldman (soit les « quatre types » du dernier album de Céline Dion), Luc Plamondon, Gérald De Palmas… La liste des collaborateurs de Garou fait étrangement penser à celle de sa compatriote exilée à Las Vegas. N'a-t-il pas envie de se démarquer de sa marraine et de leur mentor commun, René Angelil ? « Benzi et Veneruso, j'avais déjà travaillé avec eux, Veneruso avait écrit Je n'attendais que vous et Sous le vent. Goldman, je le connais depuis 99 et ma première participation aux Enfoirés… En revanche, j'ai découvert Gildas Arzel, mais vu notre bagage de rock et de blues, c'était comme si on se connaissait depuis des années. Tous les quatre venaient de terminer l'album de Céline, ils ont enchaîné sur le mien, mais dans un autre esprit… » 
Garou s'étant « davantage impliqué » dans le choix des chansons et des arrangements (« personne ne peut savoir autant que moi ce que je peux donner à une chanson »), Reviens est au final « l'album de ses rêves ». D'où l'enjeu, sur le plan affectif cette fois : « Ce disque me ressemble tellement qu'il me fait un peu peur : si le public l'aime moins, est-ce que ça voudra dire qu'il ne m'aime pas vraiment comme je suis ? » 

Le cas échéant, Garou n'abandonnerait pas pour autant la chanson (avec son physique, on le verrait bien bûcheron). « Je serais déçu, mais j'essaierais de faire mieux, avec quelques petites concessions. Ça peut paraître absurde et très peu intègre, mais je crois beaucoup au public, je ne suis pas le genre d'artiste à faire à tout prix sa musique ». 

Garou décrit son nouveau disque comme de l'« acoustic rock », avec beaucoup de guitares, un son à la fois relativement dépouillé et puissant, et seulement deux ballades. Renouant avec ce que le chanteur faisait autrefois dans les bars du Québec (« beaucoup d'humour, beaucoup d'audace, beaucoup d'amour »), Reviens est un album « conçu pour la scène ». « Avant même d'enregistrer les chansons, je pensais à la place qu'elles auraient dans le spectacle. J'ai besoin de ça ». 

Mais Garou ronge son frein : il ne sera de retour sur scène qu'à l'automne 2004 en France, dès le printemps au Québec. Entre les deux, il devrait achever un album en langue anglaise, déjà « enregistré à 75 % », pour une sortie « mondiale » durant l'été. Une raison nouvelle de s'angoisser.

Propos recueillis par Olivier Brégeard

Johnny et lui

La voix de Garou évoque la puissance rocailleuse d'un Joe Cocker ou d'un Johnny Hallyday, avec lequel il partage également un certain goût pour le rétro (rock des pionniers, rhythm'n'blues, folk et country). 

Rêve-t-il de faire une carrière à la Johnny ? « C'est vrai qu'à 60 ans, j'aimerais bien faire le Stade de France… C'est un artiste qui est associé au spectacle, davantage qu'au disque, et c'est bien ce que je voudrais moi aussi. Au Québec, on ne le connaît pas. Pendant trois ans, à l'époque de Notre-Dame, j'ai fait des télés sans avoir de répertoire personnel, et une fois sur trois on me demandait de chanter du Johnny. C'est comme ça que je l'ai découvert. Certains ont pu penser que j'essayais de devenir un nouveau Johnny… C'est clair que l'on a les mêmes racines musicales : même si je n'ai que 31 ans, le premier disque que j'ai acheté, c'était Elvis ».