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29 novembre 2003 Le nouveau disque de Garou, « Reviens », marque un changement de cap sonore de la pop vers le rock, le blues et le R'n'B.
En liberté surveillée Kathleen Lavoie (Le Soleil, Québec) On avait beau l'écouter de toutes les façons imaginables, il n'y avait rien à faire : l'album Seul donnait l'impression d'être un enfant adopté tant il avait peu en commun avec le lignage musical de Garou. Avec Reviens, un deuxième rejeton aux traits beaucoup plus familiers, le chanteur à la voix de lion effectue un retour à ses premières amours : les guitares, la « vraie batterie » et le rock acoustique. Dieu merci. Qui n'a pas entendu l'histoire des débuts du chanteur estrien dans les bars de sa région natale ? Depuis le jour béni où Luc Plamondon l'y a découvert, Pierre Garand, alias Garou, a peut-être tourné le dos à son passé de chanteur de blues, mais n'a jamais fermé la porte sur ce style musical. C'est après une participation triomphale à la comédie musicale Notre-Dame de Paris et la signature d'une entente avec le tandem Dion-Angelil que le grand Sherbrookois, encore nouveau dans le monde complexe du show-business, s'en était remis à un entourage expérimenté pour aiguiller l'enregistrement d'un premier album vendu à plus de 2,5 millions d'exemplaires. Cette extraordinaire statistique mise à part, quelque chose a cependant toujours cloché avec ce premier disque d'une pop un peu trop léchée, un peu trop légère, un peu trop formatée, un peu trop éloignée d'un Garou résolument rock sur scène. « C'est drôle. Tout le monde s'était fait une image différente de Garou parce qu'il n'avait pas d'identité quand il a fait le premier album... Mais avec le nouvel album, il y a un retour aux racines, c'est clair », annonce au SOLEIL le chanteur de 31 ans. Sans renier la recette employée sur Seul, néanmoins efficace sur les palmarès, Garou s'est impliqué davantage dans la confection de ce nouveau disque, qui marque un changement de cap sonore, aussi timide soit-il, de la pop vers le rock, le blues et le R'n'B. Engagé autant dans l'enregistrement que dans le mixage et la réalisation, le chanteur a fait bon usage de la carte blanche qui lui a été remise. Une carte blanche dont on ne peut s'empêcher de questionner la provenance... Demandée ou reçue ? « On me l'a donnée, répond-il tout à trac. Peut-être que je l'ai fait sentir, mais on me l'a donnée. C'est peut-être aussi grâce à vous, les journalistes... » glisse-t-il, faisant référence aux critiques mitigées de Seul. Est-ce à dire que les scribes avaient vu juste ? « Oui, un peu, même si je considère que l'album Seul est l'une des plus belles affaires qui me soient arrivées. » Aujourd'hui, dans l'entourage de Garou, on comprend mieux à quelle bête sauvage on a affaire. « Ils sont tous d'accord pour dire que Garou est un animal et qu'il faut le laisser courir. Je ne suis pas beau en cage. Je suis beaucoup plus à l'aise en liberté qu'en captivité ! » rigole-t-il. Et la liberté, pour Garou, ça veut dire un droit de regard sur les pièces choisies et sur la façon de les interpréter. « Depuis le premier album, les créateurs de ces chansons-là ont eu le temps de venir me voir en show et ont compris ce que d'autres avaient aussi compris en me voyant les interpréter différemment sur scène. Ils ont vu mon choix de reprises et mon attitude. Sur scène, je n'ai jamais fait de concessions. Sur album, je suis bien prêt à faire des concessions, mais moins qu'avant. » Garou attribue à sa verdeur, mais surtout à la confiance totale qu'il a placée dans son équipe, son attitude de « lâcher prise », lors de l'enregistrement de son album précédent. « J'arrivais avec une équipe de « surprofessionnels ». C'était mon premier album, je n'allais quand même pas leur montrer leur métier ! Là, ils me connaissent de plus en plus et me laissent aller. » Mais les nouvelles responsabilités assumées par Garou ne vont pas sans bousculer les méthodes de travail d'une équipe déjà bien rodée et dont le noyau dur est constitué du gérant Mario Lefebvre, du producteur Vito Luprano et du chanteur. « Pendant l'enregistrement de cet album-ci, une nuit, Vito et moi, on est sortis du studio. C'était rendu vraiment pas évident. C'était un changement pour eux autres. Ils ont une méthode pour faire les albums de Céline et je m'en viens déranger ça. Il m'a dit: J'ai compris: tu as un petit peu de Céline, mais aussi un petit peu de René. Il faut que je deal avec ça. » Entre l'univers de Garou et celui de Céline, il y a un monde, donc. « Rien à voir », confirme le chanteur sans la moindre hésitation. Les contours de cet univers se précisent sur Reviens, un album qui a bénéficié de l'apport de collaborateurs tels que Érick Benzi, qui a réalisé la plupart de ses pistes, Jacques Veneruso, Gérald De Palmas, Aldo Nova, Jean-Jacques Goldman, Romano Musumarra, Humberto Gatica, Luc Plamondon, Didier Barbelivien. Des collaborateurs qui, à quelques exceptions près, faisaient déjà partie de l'entourage de Garou, mais n'ont pas été retenus pour cette raison. « J'ai été catégorique sur le fait qu'on ne faisait pas de promesse à qui que ce soit, dit-il. D'ailleurs, il n'y a personne dont on a pris toutes les chansons. J'ai voulu écouter la centaine de chansons qu'on m'avait envoyées. J'étais ouvert à l'idée de me laisser surprendre par des inconnus. Mais les gens qui me connaissaient avaient plus de chance de connaître ce que j'aimerais... » N'empêche. Des petits nouveaux comme Claude Pineault (Mon ange d'Éric Lapointe) et Sophie Nault, des Québécois qui signent L'aveu, une ballade intense et poétique, font leur apparition sur Reviens, de même que les jumelles Villeneuve de Star Académie, sur Le sucre et le sel, une pièce sur un triangle amoureux commandée à Érick Benzi, ainsi que Éric Lapointe, Roger Tabra et Stéphane Dufour, avec Ne me parlez plus d'elle. Mais surtout, c'est la rencontre du guitariste Gildas Arzel, ancien collègue de Benzi et Veneruso au sein de la formation Canada, qui a séduit Garou. L'exceptionnel guitariste signe deux titres sur l'album, Ton premier regard et la plus bleue que bleue Une dernière fois encore. « Toutes les fois qu'on se retrouvait ensemble, quand on avait fini d'enregistrer, je prenais la guitare et on se mettait à faire du CCR... Humberto Gatica, qui en a vu dans sa vie, de Michael Jackson sur Thriller à Streisand aux collaborations avec Foster et dernièrement Michael Bublé et Josh Groban, me dit Écoute, ce guitariste-là, je pense que c'est le meilleur que j'ai vu au monde !» Ce plaisir partagé n'a fait qu'ajouter à des séances d'enregistrement déjà fantastiques, où l'énergie créatrice et l'ambiance étaient à leur zénith. Voilà peut-être pourquoi tout s'est fait rapidement et avec une spontanéité souhaitée par Garou. « C'est un album bien né, a confirmé le gérant Mario Lefebvre. Quant à Garou, il est convaincu d'avoir fait les choix qui s'imposaient. « Toutes les pièces qui se retrouvent sur l'album, ce sont des coups de cur. En les écoutant, on pense à ce qu'on va en faire. Des fois, on peut même être surpris. Tant que ce n'est pas mixé, on ne sait pas ce que ça va donner. Chose certaine, plus tu aimes une chanson, plus t'es sûr qu'elle va être bonne. » Le seul regret de Garou avec Reviens, c'est de n'avoir pu tenir les séances d'enregistrement de cet album chez lui, au Lac Memphrémagog. « Je voulais le faire chez nous, mais c'était trop compliqué. Ce n'était pas facile d'arranger les horaires et comme on a travaillé principalement avec des Français, on est allés chez Érick Benzi. J'étais un peu déçu au début, mais en même temps, ça m'a permis de me replonger dans le bain de la France », dit-il. Plus que jamais, le chanteur devra se faire à l'idée d'être loin du Québec. Au cours des mois à venir, plusieurs voyages de promotion sont prévus en Europe, notamment en France, pour les Restos du cur, et en Pologne, où Garou a atteint le statut de superstar, mais la tournée commencera au Québec en avril. Juré, craché. Trois ans après la sortie de Seul, Garou, dont on attendait un album dans la langue de Shakespeare, a plutôt décidé d'entretenir sa chaleureuse relation avec le monde francophone. « C'était pas supposé exister cet album-là. Je n'ai pas exigé de le sortir, mais pas loin... Si on a retardé la sortie de l'album en anglais, c'est pour plusieurs raisons, des raisons stratégiques. » À l'époque où Garou enregistrait ce premier disque en anglais, la multinationale Sony effectuait des coupes importantes dans ses effectifs, notamment dans le secteur de la promotion. Des personnages clés dans la carrière anglophone de Garou, Tommy Mottola, à New York, et Paul Burger, au Royaume-Uni, étaient remerciés. Sans parler de la situation mondiale du disque qui battait de l'aile. « Disons que l'ambiance dans le bureau était plus à la bureaucratie qu'à l'artistique. Si on avait vraiment voulu le sortir, on aurait quand même pu le faire. René aurait lâché un coup de fil et ce serait sorti, mais René croit trop en ce qu'on fait pour sortir quelque chose de cette manière-là. » En même temps, l'Europe réclamait Garou à grands cris. « Il y a eu cinq tournées là-bas, il y a l'amour du public. J'avais hâte d'arriver avec quelque chose de nouveau. Je sentais une urgence et je sentais que c'était irrespectueux d'attendre. Surtout qu'on ne sait pas à quand le prochain album en français », précise l'interprète, qui pense sortir son album anglais en 2004. En attendant, Garou savoure un nouveau répertoire généreux de 16 chansons. Se décrivant comme un chanteur de R'n'B, à la fois « dans la complainte et dans l'espoir », Garou dit se plaire dans l'émotion crue. « Présentement, c'est la pièce Hemingway, qui me touche. C'est ma petite préférée par sa façon de dénoncer le monde actuel de manière subtile. Il y a aussi Et si on dormait. Pour les mêmes raisons. Mais ça reste plus poétique que politique. De toute façon, je ne suis pas très protest songs. J'aurais probablement l'audace de le faire, mais pas la justesse. » Le reste du temps, Garou profite d'une vie de privilégié, qu'il apprécie, comme la bonne bouffe pour laquelle il dit développer un goût. Mais les grandes soirées, les invitations prestigieuses et le luxe n'existent pas sans l'il scrutateur de la presse people, qui le laisse rarement respirer en Europe. Rien pour déstabiliser notre homme, qui s'amuse à confondre les paparazzis et apprécie les plaisirs de la vie nocturne. « J'aime le luxe, mais je n'ai pas la notion de l'argent. J'ai toujours pensé qu'on pouvait avoir plus de fun avec un 10 $ bien dépensé qu'un 1000 $ mal dépensé. Mais c'est vrai que c'est un univers qui me plaît bien. J'ai toujours été un gars de nuit. Le côté jet-set me rassure. Et c'est plein de petits moments intéressants. » Comme quoi ? « Comme quand on est revenus du mixage de l'album et qu'on s'est retrouvés, en première classe, avec Uma Thurman et Laetitia Casta. » Triste vie ! |