8 avril 2004
8 avril 2004
Phénomène naturel
Auteur: Jean-François DupontGarou:
"Je ne me force pas pour être authentique, mais je me bats
tous les jours pour le rester, parce qu'inévitablement, tout ce
succès fait qu'on dirait que tout le monde veut te
changer."
Photo: Erick Labbé
La semaine où GAROU sortait
son deuxième album studio, Reviens, on a pu voir la grosse
mais formidable machine promotionnelle se mettre en branle:
lancement aux allures de spectacle bien rodé, émissions de
télé ici et en France, entrevues à la chaîne et à un rythme
infernal... Au milieu du tourbillon, Voir l'a rencontré.
Qu'on le veuille ou non, Garou est devenu, avec quelques chansons
et beaucoup de travail, un immense phénomène médiatique et,
disons-le, commercial. Mais tous, fans ou pas, s'entendent pour
dire que le chanteur est resté le jeune homme simple et
passionné qu'il était à ses débuts dans les bars de
Sherbrooke. N'empêche qu'il faut aussi un talent autre que
musical pour parvenir à concilier passion et business. Si Garou
reste l'une des personnes les plus faciles à interviewer et
qu'il est d'une honnêteté désarmante, il n'en demeure pas
moins qu'il doit composer avec les lois du milieu dans lequel il
joue. Questions à un chanteur lucide et conscient de son statut
privilégié.
La perception que la plupart
des gens ont de toi est que, malgré ton immense succès est que
tu es un des chanteurs qui reste le plus sympathique et
authentique.
"C'est mon mot préféré, authentique. Je ne me
force pas pour l'être mais je me bats tous les jours pour le
rester, parce qu'inévitablement, tout ce succès fait qu'on
dirait que tout le monde veut te changer. Et là, on parle même
des grands amis, car ils te voient d'une façon différente, on
n'y échappe pas. Tu en viens à ne plus avoir beaucoup de temps
pour toi, donc tu n'as plus de temps à leur consacrer non plus,
et ils entendent plus parler de toi par les médias que par
toi-même! On dirait que tout et tout le monde change autour de
toi... Qu'on le veuille on non, on entre ainsi dans un jeu; bien
des gens commencent à jouer avec toi. Il y a beaucoup de
manipulateurs dans ce métier-là... comme dans bien des
métiers! Mais d'un autre côté, il y a tellement d'avantages...
Nous sommes là pour vendre du rêve, et la dernière chose que
je voudrais faire est de montrer à tout le monde que ça
pourrait être plate."
Pourtant, plusieurs chanteurs
ou artistes avouent que le succès peut facilement couper de la
réalité...
"En fait, on se construit une réalité. Par contre, c'est
vrai que je suis moins concentré sur la musique parce que,
depuis quelques années, elle est devenue plus compliquée pour
moi, car elle implique beaucoup plus de paramètres que durant
mes années dans les bars où je pouvais expérimenter plein de
genres. La musique a donc maintenant une image et une façon
d'être présentée dans ce que je fais."
À ce compte-là,
retournerais-tu dans les bars en voyant que ça deviendrait
malsain pour toi?
"Ah oui, je retournerais dans les bars facilement! Oh
oui!"
Ton idéal ne serait-il pas
justement de retourner en arrière, vers quelque chose de
différent?
"Mon idéal, c'est d'essayer différents trips, dans
l'optique de pousser les choses le plus loin possible. Mais je
suis très bien avec ce que je fais et je sais que j'ai beaucoup
à donner dans cette façon de faire."
Mais le succès que tu
connais te permettrait pourtant de dire: "J'ai fait ce que
j'avais à faire, je ne dois plus rien à personne et je retourne
faire ce que je veux, peu importe ce qu'on en dira..."
"Non, jamais je ne serai irrespectueux comme ça. Je vois
des artistes qui disent: "Je suis écuré, ça me
tente de faire mes petites affaires et seulement ce qui me
tente..." Je ne les critique pas, mais je ne suis pas comme
ça. Si je suis là aujourd'hui, c'est grâce à ceux qui m'ont
encouragé depuis le début, avec leurs sourires et leurs
applaudissements. C'est pour ça que je fais ce métier-là, et
je vais le respecter toute ma vie."
Donc, tu restes toi-même en
faisant ce que tu fais aujourd'hui?
"Oui, mais c'est aussi ma responsabilité. J'ai choisi de
faire ça, ce n'est pas la faute du monde. C'est certain que si
je fais un nouvel album et que personne ne l'aime, je devrai me
poser des questions et me dire que je devrais prendre une autre
tangente. Pas parce que je suis une pute qui veut faire seulement
ce que les autres aiment, mais seulement parce que je le fais
pour le monde... C'est comme une relation; il s'agit de faire les
bonnes concessions sans se transformer et en restant soi-même.
Et trop, c'est comme pas assez."
Le 15 avril
À l'aréna Robert-Guertin
