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29 novembre 2003
Et si on rockait ? Alexandre Vigneault (La Presse) Garoumanie sera-t-il un jour traduit par garoumania chez nos voisins américains? On devra encore attendre pour le savoir. Puisque son projet d'album en anglais fait du surplace, Garou a enregistré un deuxième disque dans la langue de Plamondon. Succès monstre à l'horizon. Juste avant l'enregistrement de l'album de Notre-Dame de Paris, Garou a vécu une dangereuse mésaventure qui a peut-être changé sa vie. Un soir où il se promenait dans un marché de Marrakech, au Maroc, il s'est retrouvé face à des voyous armés de couteaux. Logiquement, il a pris ses jambes à son cou. Courant au hasard de rues du souk, il a abouti, le coeur battant la chamade, à une place bondée où se tenait une drôle de cérémonie... Essoufflé, troublé et désorienté, il a à peine eu le temps de remarquer le fakir gesticulant devant un feu et une bouilloire qu'il a été attiré au centre de la foule. La seconde d'après, le mage l'a enveloppé de fumée - ou était-ce de la vapeur d'eau? - et, en prononçant des formules incompréhensibles, lui a balancé une partie du contenu de sa bouilloire sur la main. L'eau était glacée. Garou n'y comprenait rien. Remarquant sa détresse, un bon Samaritain lui a expliqué: «Le fakir vous a jeté un sort. L'eau glacée, ça porte chance.» Six ans plus tard, le chanteur ne sait toujours pas encore ce qu'il a vécu ce fameux soir à Marrakech. Sa carrière semble placée sous une bonne étoile. Les chiffres ne disent peut-être pas tout, mais ils sont quand même éloquents: deux millions et demi d'exemplaires vendus de Seul, quatre millions de Seul... avec vous (CD et DVD), sans compter les singles et les tournées triomphales en France, au Québec et même en Pologne. Un tel succès donnerait envie à n'importe qui de croire à la sorcellerie! Garou savourait encore sa chance, mardi, au lendemain du lancement de son deuxième disque, Reviens. Sa nuit a été courte, mais il n'a pas l'air trop amoché. Une touche de maquillage et le voilà prêt à affronter les photographes. Souriant, rieur, décontracté, il dégage une assurance monstre totalement dénuée d'arrogance. L'histoire pourrait se résumer en une seule ligne: son deuxième disque vient de paraître et il a hâte de le faire entendre. Sa joie est si communicative qu'on a presque envie d'être content à sa place. Le chaînon manquant Reviens, conçu et enregistré avec célérité l'été dernier, compte 16 nouvelles chansons en français. Qu'en est-il de ce fameux disque en anglais dont on entend parler depuis presque deux ans? Garou aurait bien voulu le sortir - il en a même joué des extraits lors de ses derniers concerts -, mais il a été reporté. Des changements à la direction de Sony, à New York, ont entraîné une réévaluation de tous les projets. Encore inconnu du public américain, l'interprète québécois n'est pas une priorité. Il n'est pas sur la touche non plus, assure son imprésario, Mario Lefebvre. «Je ne dirais pas que les changements m'inquiètent, dit-il, mais ça nous donne toutes les raisons de rester prudents quant à la date de sortie de cet album-là. Toute l'équipe est d'avis qu'on a juste une chance de faire bonne impression aux États-Unis, on ne veut pas manquer notre coup.» Garou aurait bien sûr aimé que son disque américain sorte. Son enthousiasme demeure entier lorsqu'on aborde le sujet. Mais quand il a compris que la parution était encore reportée de plusieurs mois, il a ressenti l'urgence de retourner en studio avec ses partenaires français. «En juin, je suis allé voir René Angélil et je lui ai dit qu'il fallait absolument que j'enregistre mon deuxième album en français, dit-il. Et il fallait qu'il sorte avant la fin de l'année.» Cinq mois plus tard, Reviens atterrit dans les bacs. Fait intéressant, le chanteur québécois n'a pas besoin de chanter dans une autre langue que le français pour susciter l'intérêt. Reviens paraît dans une dizaine de pays. En plus du Québec et de l'Europe francophone, son nouveau disque sera vendu sous peu en Suède, en Norvège, en Russie, en République Tchèque, en Espagne, au Liban et en Pologne, où il se produit régulièrement depuis plus d'un an. «Ça fait drôle de voir les Polonais chanter mes chansons au son, souligne-t-il. Gitan, ils la connaissent par coeur, mais je vois bien qu'il ne disent pas les bons mots!» On ne peut pas vraiment les blâmer, on faisait pareil il y a 20 ans, lorsqu'on chantait Eye of the Tiger ou Electric Avenue. Évolution tranquille Garou a changé au plan musical. Et c'est pour le mieux. Reviens est plus folk, plus rock, plus R&B et plus roots, dans une certaine mesure. L'écart avec Seul est marqué, notamment parce qu'il nous manque une partie de la chaîne. «Mon album anglais a beaucoup influencé les nouvelles chansons, admet Garou. J'en ai fait écouter des bribes aux auteurs et aux compositeurs avec qui j'ai travaillé. Ça leur donnait un point de référence. Mais je pense que c'est davantage en venant voir mon show qu'ils ont eu une bonne idée de ce que j'avais envie de faire.» La majorité des 16 nouvelles chansons ont été écrites par les quatre types de Céline Dion: Jean-Jacques Goldman, Jacques Veneruso, Erick Benzi et Gildas Arzel. Gérald De Palmas, que l'interprète québécois apprécie beaucoup, signe par ailleurs l'un des meilleurs titres, Et si on dormait. «Il était tellement content de la chanson, qu'il a voulu la garder pour lui», raconte Garou, qui a aussi invité les jumelles Villeneuve de Star Académie sur Le Sucre et le Sel. Le courant passe tout particulièrement entre le charmeur québécois et Gildas Arzel. Une seule écoute de Ton premier regard et Une dernière fois suffit à convaincre qu'ils ont des atomes crochus. «J'ai tout de suite eu l'impression qu'on se connaissait depuis des années, confirme Garou. On s'est retrouvé autour de nos influences roots. Quand on finissait les séances d'enregistrement, on ouvrait une bonne bouteille, on ressortait nos guitares et on jammait. C'était infernal!» Plutôt qu'un virage brusque, Reviens constitue une forme d'évolution tranquille. Un risque calculé. Deux puissantes ballades et des vignettes pop fabriquées à l'usine Plamondon-Musumarra (architectes de Gitan, Seul et aussi d'un opéra pop intitulé Cindy...), se mêlent aux airs qui frôlent le blues, le gospel et le R&B. «Je n'avais pas envie de décevoir, parce que je suis content de l'aventure que j'ai vécue avec Seul, confirme-t-il. C'est bien que les gens puissent se retrouver dans ces chansons-là, parce que je suis conscient que je vais choquer un petit peu. Un partie du public du premier album va chercher les ballades.» Peut-être, mais si des milliers de gens ont tapé des mains en l'écoutant chanter du James Brown à Bercy, il n'y a pas de raisons qu'ils boudent cet album-là. De loin supérieur à Seul, Reviens est en contrepartie plus éparpillé. «Ça fait partie de ma personnalité artistique, juge-t-il, j'ai toujours fait ça. Je me suis toujours perçu davantage comme un entertainer qu'un interprète. En tant qu'entertainer, j'aime jouer des personnages, ça me permet de visiter plusieurs univers. C'est ce qui fait Garou et c'est ce que je fais sur scène.» Et c'est ce qui lui permet de porter des chansons au propos plus socio-politique comme Et si on dormait et Hemingway, sans avoir envie de pousser très loin dans cette direction. Le mot spontanéité réapparaît souvent dans la bouche du chanteur. «On a laissé la place aux erreurs, à l'émotion, dit le chanteur, qui affirme ne pas trop se préparer avant d'entrer en studio. J'aime arriver mal préparé, redécouvrir les textes en studio, m'y accrocher, me tromper. Je ne veux pas perdre la magie de la spontanéité.» |